♥ Mademoiselle Mo ♥

Controverses

April
01

Depuis son invention, la photographie est au centre de nombreuses controverses et de procès retentissants. Initialement présentée au Musée de l’Elysée de Lausanne, l’exposition de la BNF propose un large choix de photographies qui ont fait l’objet de procédures judiciaires ou de polémiques.

L’exposition permettra de (re)découvrir des cas célèbres ou méconnus, tels le portrait d’Aldo Moro, otage des Brigades Rouges qui pose la question de l’instrumentalisation des médias, les premiers pas de Buzz Aldrin sur la Lune, Noire et Blanche de Man Ray qui s’est retrouvée au coeur de l’une des plus grandes affaires de vente de vintages controversés, Le Baiser de l’Hôtel de Ville de Doisneau qui a coûté plusieurs procès à son auteur, le célèbre Kissing-nun d’Oliviero Toscani, qui bouscule les tabous ou encore le portrait d’Alice Lidell par Lewis Carroll, qui jeta le trouble sur la personnalité de l’écrivain.

Cette exposition est tout à fait intéressante car elle nous montre le pouvoir impressionant qui peut être lié à l’image et la photographie. Qu’elles choquent, provoquent, dénoncent, portent atteinte au droit à l’image ou au droit d’auteur, ce qui est sûr c’est que les images présentées ici sont riches d’histoire et lourdes de sens. Vous ne resterez donc pas indifférents devant ce bouquet de clichés.

Si vous souhaitez y aller:

BnF - Site Richelieu
Galerie de photographie
58 rue de Richelieu - Paris IIe
Métro : Bourse, Palais Royal, Pyramides
Bus : 20,21,27,85,74,39

Voici quelques oeuvres présentées dans l’exposition qui ont retenu mon attention mais si vous avez le temps, faites-y un saut car il y en a de nombreuses autres, toutes très bien expliquées.

STEVEN MEISEL, Sophie Dahl pour Yves Saint Laurent Parfums, 2000

Cette affiche montrant le mannequin Sophie Dahl, nue et étendue sur le dos, posant pour le parfum ”Opium” de Yves Saint-Laurent a suscité de multiples plaintes. Certains ont, en effet, que l’image présentait une image dégradante de la femme. L’affiche a donc été supprimée mais le visuel est resté dans les magazines de mode.

FRANCES GRIFFITHS, Fairy Offering Flowers to Iris, 1920

En 1920, Frances Griffiths et sa cousine Elsie Wright, âgées de 9 et 15 ans, jouent dans la campagne du Yorkshire. Les fillettes empruntent l’appareil photographique du père d’Elsie : elles veulent prouver l’existence des êtres surnaturels qu’elles prétendent côtoyer. Au développement du film, la famille constate, stupéfaite, la présence des  fées.
Sir Arthur Conan Doyle, fervent adepte du spiritisme, est immédiatement enthousiasmé par ces images. Convaincu de leur authenticité et fort d’une longue enquête, l’écrivain les publie. L’impact est si important que les fées de Cottingley deviennent un événement national. La polémique durera plusieurs décennies.
A l’âge de 83 ans, Elsie déclare qu’elle et sa cousine avaient fabriqué les fées avec des figures découpées dans un livre. Frances ne confirma pourtant jamais la déclaration de sa cousine, et maintint sa version jusqu’à la fin de sa vie.

SECUNDO PIA, Le Suaire de Turin, 1898

Le suaire de Turin ou linceul de Turin est un drap en lin ancien qui montre l’image d’un homme qui présente les traces de tortures physiques correspondant à un crucifiement. Il est conservé dans la chapelle royale de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Turin en Italie.

Pour une partie des catholiques, le drap serait une relique, le Saint-Suaire, linceul ayant recouvert Jésus de Nazareth lorsqu’il fut mis au tombeau : son image se serait imprimée miraculeusement sur les fibres. Pour la plupart, Il s’agit d’une contrefaçon médiévale ou de l’œuvre d’un artiste réalisée à des fins de dévotion ou de tromperie.

Le 28 mai 1898, le photographe amateur italien Secondo Pia prit la première photographie du suaire et fut stupéfait, lors du développement, par le résultat du négatif qui donnait l’aspect d’une image positive, ce qui implique que l’image du suaire est elle-même, en quelque sorte, un négatif.

EVGUENI KHALDEI, Le Drapeau rouge sur le Reichstag, Berlin, 1945

Certaines photos ont été modifiées avant leur publication. Celle-ci représente par exemple deux soldats soviétiques accrochant leur drapeau au sommet du Reichstag à Berlin, le 2 mai 1945. Il ne s’agit pas ici d’une photo prise sur le vif, mais d’une mise en scène organisée par le photographe, Evgueni Khaldei. Ensuite, lorsqu’il demande l’autorisation de la publier, on remarque que l’un des soldats porte deux montres, l’Agence Tass demande que soit effacée celle du bras droit pour que les héros ne se transforment pas aux yeux du public en vulgaires pilleurs. Il faudra attendre la Chute du mur de Berlin pour que l’originale non retouchée soit enfin publiée.

OLIVIERO TOSCANI, Kissing-nun, 1992

Avec des publications dans Elle, Vogue, Harper’s Bazaar, Stern, Oliviero Toscani est connu comme photographe de mode. Mais c’est par sa collaboration de 1982 à 2000 avec Benetton qu’il acquiert une renommée mondiale. En dix-huit ans, il a construit pour la marque une identité très forte et contribué à sa notoriété. En 2000, Benetton est l’une des cinq marques les plus célèbres du monde et compte des magasins dans plus de cent vingt pays.
Sa stratégie publicitaire débute avec la déclinaison du slogan United Colors of Benetton. Il réunit et confronte les contraires, dans une même image. Provocant et direct, son message reste porteur de valeurs positives telles que l’acceptation des différences, le multiculturalisme, la lutte contre les inégalités, la paix.

En puisant dans le répertoire religieux, Kissing-nun oppose le baiser charnel et profane aux voeux sacrés prononcés par les hommes et femmes entrant en religion. Contraire au précepte du célibat religieux, l’image incite à dépasser les barrières de la tradition, touchant ainsi aux valeurs fondamentales de la religion catholique. Une partie de l’opinion publique se sent inévitablement offensée. En Italie, sous les pressions du pape et du Vatican, les autorités italiennes finissent par interdire la diffusion de l’image.
En France, le Bureau de vérification de la publicité (BVP) demande le retrait des affiches, suite aux nombreuses plaintes émises par les associations religieuses. Comme pour toute image questionnant directement la religion, le phénomène se répétera pour l’affiche du film Amen (2002), également réalisée par Toscani, qui transforme la croix chrétienne en croix gammée. La demande d’interdiction de l’affiche sera pourtant rejetée par la justice française, suivant une jurisprudence constante sur le sujet.

DAVID LACHAPELLE, Angelina Jolie, 2004

Cette photographie montre Angelina Jolie, riant, la tête enarrière et la poitrine en contact avec un museau de cheval. Publiée en couverture de Photo, elle effraie les distributeurs suisses du magazine: ce numéro ne sortira pas en kiosques. La raison à cela est qu’elle est susceptible d’être interprétée comme une scène zoophile. Or, l’article 197 du code pénal interdit de mettre en circulation des images contenant des «actes d’ordre sexuel avec […] des animaux».

KEVIN CARTER, Vautour guettant une petite fille en train de mourir de faim, 1993

Cette photographie parle d’elle-même. Certains ont reproché au photographe de prendre le rôle du vautour en profitant d’une scène si dramatique et morbide pour combler son désir “d’art”. Dans ce type de situation, le photographe doit-il agir ou juste immortaliser le moment pour marquer la conscience des gens et nous ouvrir les yeux sur le monde?

Sources : http://www.elysee.ch , http://www.bnf.fr , http://fr.wikipedia.org, http://laplumedaliocha.wordpress.com



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